Et voilà nous y sommes!
Cette soirée a un goût d’inéluctabilité. Ça ne serait pas si pathétique, que j’en rirais.
Bof, après tout, si on ne peut même pas rire du malheur des autres, rions au moins du notre.
« S’engager, est-ce perdre sa liberté? ». C’était un de mes sujets de philo.
Avec le recul, ce n’est pas seulement sa liberté qu’on perd.
Petit bilan des dégâts.
Visite du champ de bataille: gisent pèle mêle, dans un état déplorable, mon orgueil et un peu de ma fierté, le gros de mes espoirs, et une masse informe larmoyante et vainement amoureuse ,mon cœur, général de mes troupes en défaite. Unique responsable de cette déroute: Elle.
Elle?
La seule, l’unique. L’innommable. L’auteur de mes peines. L’artiste de mes tourments.
« Engagez-vous qu’il disait, engagez vous… »
21h30!
Elle arrive, en retard comme à son habitude.
La grisaille de l’instant contraste avec sa lumineuse entrée.
Elle est belle.
Non.
Elle est.
Elle s’avance.
Les arabesques de fumées, nées des esquisses des quelques dandys et autres célibataires pseudos endurcis, faisant virevolter dans les airs d‘un geste souple du poignet, ainsi que le peintre son pinceau, une cigarette; ces arabesques dansent autour d’elle, et elle semble apparition. Flaubert aurait aimé. Flaubert l’aurait aimé.
Je me sens comateux;
la lumière tamisée, cette entrée fantasmagorique,
les quelques verres absorbés, mon chagrin, et les fantômes de mes larmes,
tout cela donne à cette scène les allures d’un songe.
Elle s’avance.
Dans quelques pas, je pourrais sentir son parfum.
La grisaille de l’instant de dissipe. Le voilà figé.
Le temps est un salop.
Il prends un malin plaisir à nous faire souffrir.
Plus elle s’avance plus je regrette, plus je regrette plus il s’arrête.
Je souffre donc elle avance.
Je souffre donc il s’arrête.
Puisque Chronos se fout de ma gueule, profitons pour l’admirer encore.
Ses seins.
Ses seins, généreux comme les pleurs du nouveau né, véritables cornes d’abondance, promesse de plaisirs et de réconfort.
Ses seins, moulés par ce pull cachemire noir, avec un col roulé,
ses seins, dressés comme les mamans antillaises fières d’elles, de leur patrimoine.
Ses seins, qui m’avaient tant plus par le passé.
Ses seins qui accueillirent mes secrets, s’émurent de mes baisers, épongèrent mes pleurs.
Ses seins, ce soir, libre de tout soutien, se dressent à ma face avec arrogance, défiance et vanité.
Elle s’avance.
Son parfum se répand ainsi qu’une mauvaise humeur.
C’est un souffre exquis, l’infernale fragrance d’un paradis perdu.
Elle s’avance.
Amuse toi Chronos.
Prend plaisir de mon malheur, et accorde moi encore le temps de la contempler. (à suivre…)




ptits mots doux