Il faudrait que je vous parle maintenant, du moins si je veux conserver une certaine cohérence dans mon récit, de la
source de mon désir de conquête du monde, ou de mes amis et des ambitions folles qu'ils ont la sottise d'avoir pour moi.
Il faudrait. Mais laissons ma mère, mon pénis et Freud tranquilles.
Puisque je suis le maître du monde que je me crée, autant que je le façonne à mon image. Tiens çà me rappelle quelque chose...
Quand même si l'on y réfléchi bien, je suis maître et créateur de mon monde, tout en étant moi même la création de mon auteur.
Arrêtons-nous une minute et pensons.
Je suis donc créature et créateur, disposant d'une volonté propre, mais toutefois soumise au bon vouloir de mon auteur.
Il m'incombe la responsabilité de mes actes et de mes paroles, mais je rends quand même des comptes à mon auteur qui au final peut s'il le désire, faire de ma vie un enfer.
Il m'a créé à partir d'encre et de papier, et au commencement de mon monde était son verbe.
Bref je m'arrête là. La démonstration n'avait pas pour but unique de flirter avec le blasphème ni de déifier mon auteur (il n'a pas besoin de moi pour çà), mais si l'on considère que l'on peut
être créateur et créature, mon auteur peut tout aussi être la créature créatrice d'un autre créateur. La vraie et grande question de tout ceci, c'est ce dernier créateur est-il aussi
créature?
Bien une fois déchargé mon trop plein métaphysique de la semaine en considérations aussi inutiles que faussement philosophiques (que voulez vous, à force de squatter les comptoirs, on fini par
avoir la pensée qui va avec) je peux reprendre ma narration.
Je ne vais donc pas, en tout cas pour le moment, vous parler de mes amis et de mes désirs secrets. Encore quelques
préliminaires avant que vous ne pénétriez mon esprit.
Je suis donc l’Oscar Dufresne de mon auteur. Je vis pour lui une existence fantasmée, son existence en mode fantasme si
vous préférez.
J’aurais pu utiliser un autre double célèbre du genre Jekyll et Hyde, mais c’est un topos de la schizophrénie, soyons
originaux.
Il y avait aussi les frères Bogdanoff, Igor ou Grichka selon le degré de répulsion souhaité. Mais… Non mais rien, juste
non. Simple délit de faciès.
Restait Tyler Durden, mais le côté beau gosse anarchiste ne collerait pas, et puis il manque un peu de
romantisme.
Oscar Dufresne de mon auteur (F.Beigbedder me pardonnera surement l’usage abusif que je fais de sa créature ou pas, s’il
trouve mon style pitoyable), je suis pour lui tout ce qu’il n’est pas ou plus.
Déprime, romantisme macabre, idées noires, dépression, spleen. En clair la vie d’un jet-setter sans la jet-set. J’y
pense, il doit se nicher parmi les rares lecteurs quelque Olybrius qui ne connaît pas Oscar Dufresne, dans ce cas je vous conseille vivement de lire « L’égoïste Romantique » d’un
certain F.B, c’est pas de la grande littérature, mais çà à son charme lorsque je siège.
Mais çà je vous l’ai déjà dit. Ce que vous ne savez pas, c’est pourquoi mon imbécile d’auteur (j’espère qu’il relira
çà), m’a créé.
Cet énergumène s’avère n’être capable d’écrire que lorsqu’il est au fond du gouffre, mais ces temps ci, tout va
bien.
Du coup pas une ligne depuis des semaines, il enrage mais n’écrit toujours pas.
Il s’astreint à écrire, peut importe quoi, mais n’y arrive toujours pas. Alors qu’est-ce qu’il fait ce malade ? Il
me crée pour vivre la merde à sa place.
C’est Bibi qui va devoir se taper toutes les déprimes, les engueulades, le manque de thune, le sale temps
parisien…
Mais je lui réserve un chien de ma chienne à cet enfoiré d’écrivain raté.
Il voulait de l’antihéros ? Du looser pur souche ? Du poisseux de compétition ?
Je m’en vais lui en donner pour son argent.
La Vie Passionnante de Kréyoll.
Ha on fait moins le malin !! Dorénavant la créature se rebiffe, tant pis pour sa gueule.
Pourtant depuis Frankenstein, tout le monde sait que la créature diabolique fini toujours par zigouiller son
créateur.
Faut être con des fois.
Mais puisque je n’ai pas les moyens de l’occire, je m’en vais derechef le réécrire.
La Vie Passionnante de Kréyoll.
8heures et en ce Mercredi de mars, Paris revêtait ses habits de novembre et m’offrait pour mon arrivée à
la fac, une pluie glacée en guise de haie d’honneur, et pour tout tapis rouge, un réseau de flaques dans lesquelles baignaient mes lacés détachés.
Un beat de la Mafia k’1-Fry assourdissait ma migraine qui semblait tempêter avec plus de mesure dans mon
crâne.
« Un noir à l’Elysée c’est pas possible, mais pour le reste j’crois bien que tout est
possible ». Voilà qui contrarie mes projets songeai-je.
Figaro, clope, café. Taxés.
Pages Sport et pages économie poubelle. La Ligue 1 ne mérite que mon mépris, les acteurs de l’économie
de marché méritent de jouer en Ligue 1.
Trois heures de cours s’enchaînent, j’assiste à la première et la dernière, entre les deux il me semble
avoir dormi, tant pis pour l’intervenant.
Coca, Prince de Lu. Mon déjeuner est pris.
Une immense fatigue m’habite, et du haut du 5ème étage de Dauphine, je regarde le sol avec
envie. Jimi Hendrix ne suffit plus à calmer mon spleen, et je pense à merfdsfgpokret……………………………………………………….........
C’est quoi ces conneries ?Parce qu’il croyait vraiment pouvoir être à la hauteur de son auteur ? Mon cher
Plöt, tu n’existes même pas, je t’ai crée, te fais parler, et quand tu échafaudes des stratagèmes pour me prendre la place, c’est moi qui te les souffle. D’ailleurs je t’écris ici, mais ç’est à
moi-même que j’écris.
Reprend ta place créature et fait pas de vagues.
LA VIE PASSIONNANTE DE PLÖT ROMANOFF
Merde, je me suis fait avoir. Comment il l’a su ? C’est vous qui l’avez averti ? Bande d’enfoirés !
Qu’importe, je l’aurais ! (Plöt, je suis encore là). Voilà qu’il se prend pour Dieu à me faire des apparitions, et me faire entendre des voix. Et pourquoi pas le ciel qui se déchire
et un coup de tonnerre qui va avec ?!
(…)
Tout bien réfléchi çà ira pour cette fois.
Je reprends ma vie de merde puisque c’est ce que mon dieu de pacotille le veut.
ptits mots doux