J’étais dans le RER A, un vendredi vers 13h, quand j’ai eu cette révélation : je ne serai pas le Victor Hugo du XXIème siècle, ni le Baudelaire, peut être même pas le nouveau Pennac, c’est dire. Mais rassurez vous, je le vis bien.
Je suis convaincu que l’histoire ne supporterait pas un autre génie littéraire de cette trempe. En quelque sorte, je rends service à l’humanité en ne lui ajoutant pas un autre cerveau à célébrer.
Je me présente, Plöt Romanoff. Noir comme mon nom l’indique. J’ai l’âge de mon lecteur, 23 ans, 47, ou 18.
En dessous, je déconseille fortement ma lecture. Non pas que je ne sois pas un modèle, ou que mes écrits choqueraient quelque adolescent purulent, mais je ne les aime pas. Alors qu’ils ne me lisent pas. Tout simplement.
Je suis un peu à mon auteur, ce qu’est Oscar Dufresne à Frédéric Beigbedder, sans les femmes, la coke et le fun. En somme il ne reste qu’un égocentrisme mégalomaniaque et sans bornes, et une déprime aussi absurde que chronique. Mais çà aussi je le vis bien.
Enfant je voulais être maître du monde, mais la filière était déjà encombrée. Alors j’ai voulu devenir archéologue ou rappeur.
Le rap a cela en plus de l’archéologie, qu’il donne non seulement accès à des trucs rares brillants et chers, mais qu’en plus on peut s’envoyer en l’air, raconter de la merde et massacrer la langue tout étant admiré et payé pour çà.
En seconde j’écrivais mon premier texte, qui parlait de salopes, de cash money et d’enculer le système. Ma mère tomba sur le texte, m’en colla une. Le rap m’apparu trop dangereux comme milieu.
J’optai pour la Science Politique.
AVERTISSEMENT AU LECTEUR.
SI VOUS CROYEZ TOMBER SUR UNE ŒUVRE LITTERAIRE DE PREMIER ORDRE, UNE AUTOBIOGRAPHIE, UN POLAR OU N’IMPORTE QUEL ECRIT DE GENRE, ARRETEZ LA LECTURE.
CECI N’EST PAS UN ROMAN, ET NE PRETEND SURTOUT PAS L'ÊTRE.
JE VOUS AURAI PREVENU.
J’ai donc choisi la science politique, moyen pratique et reconnu pour accéder aux strass et paillettes. Je ne vous ferai pas la liste des anciens de Sciences Po reconvertis en écrivains, comiques ou autres artistes à succès, vous n’aurez qu’a googliser « artistes, sciences po » et vous trouverez. On trouve tout sur Google. (Je ne touche aucune rémunération pour cette pub).
J’aurai pu faire HEC, mais çà faisait trop Mickaël Youn.
L’avantage avec cette filière c’est qu’on peut devenir un connard de Jet-setter, la culture en plus. Quoi de plus irritant qu’un mec cocaïné qui vous cite Proust et analyse avec brio la politique étrangère du Zimbabwe ?
Beaucoup de mes amis placent énormément d’espoirs en moi. Non pas que je sois brillant, ou apte à réussir. Ils ont l’audace de ne pas croire en Dieu, mais la paresse d’être athées. Alors ils croient en moi.
Pourquoi pas, je ne suis pas Paris, mais je vaux quand même bien une messe.
Et puis me vénérer, c’est comme le sexe, çà a son charme quand je suis seul, mais c’est quand même plus drôle à plusieurs. Je ne parle même pas du plaisir que leur procure chacune de mes saillies (verbales ?).
« Ouvrez donc les oreilles que je vous éjacule mon verbe ».
Je n’ai écrit que 542 mots et j’en arrive déjà à me demander de quoi vais-je bien pouvoir traiter dans ce texte.
Parce qu’au final il n’y a de vraiment intéressant que MOI, je vous parlerai de moi. De toute façon c’est encore le sujet que je maîtrise le mieux, et je dois avouer que çà me passionne.
Et soyez honnêtes, c’est quand même plus intéressant de lire quelqu’un passionné par son sujet.
Plôt Romanoff est donc un noir, d’un mètre quatre vingt quinze à quelques vaches près. Plöt Romanoff aime parler de lui à la troisième personne du singulier parce que mine de rien çà a de la gueule ; mais Plôt Romanoff n’en a rien à foutre d’Alain Delon, grand acteur certes, mais dont Plöt Romanoff continue de se foutre allègrement.
Parce qu’il va être pénible de tenir tout le texte ainsi, JE retourne à la première personne. JE vais simplement utiliser les majuscules quand JE parlerai de MOI.
PLÖT ROMANOFF, un homme en MAJUSCULES.
C’est beau comme une réclame.
PLÖT ROMANOFF, parce qu’IL le vaut bien…
Sciences politiques donc. Pour être artiste. JE n’ai pas une voix particulièrement belle (oui çà aussi JE le vis bien), JE ne connais pas le solfège et JE ne suis pas particulièrement drôle. Quoi, il faut bien le reconnaître, JE n’ai rien d’un Coluche, d’un Gad Elmaleh, ni d’un membre du parti communiste.
Alors J’ai choisi d’écrire.
L’avantage c’est que cela ME permet de renouer avec MON rêve d’enfance : être maître du monde. A défaut de conquérir celui déjà existant, JE crée le mien, ce qui ME donne une dimension démiurgique et satisfera amplement la paresse religieuse de MES amis.
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