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                "LA poésie mes chers amis, est l'incarnation sacrée d'un sourire

  La poèsie est un soupir qui sèche les larmes.

  La poésie est un esprit qui habite l'âme, qui se nourrit du coeur et dont l'affection est le vin." 

  "Khalil Gibran"

quel jour on est?

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Plume hallucinogène

 

 


J
'écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais.

Isaac ASIMOV

Vendredi 16 mai 2008
   
    Mes nuits d'insomnie reprennent et ma plume me gratte à nouveau. Je cogite mais ne suis plus trop sûr de mon existence. Alors je gigote et mégote. L'arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne n'est là pour l'entendre?
Mes soucis ont ils valeur si personne n'est là pour me plaindre?
Mes réflexions, mes pensées, mes écrits ont ils une quelconque réalité si je suis le seul à les connaître? Peut on éprouver l'amour si personne ne nous le renvoie? Souffre-t-on si personne ne va bien?
En clair, la solitude exclue-t-elle l'existence?
C'est vrai, l'on est jamais vraiment seul, mais existe-t-on toujours pleinement?
"L'individualisme est le fondement de l'existence." J'ai longtemps pensé que cette idée lancée par un des mégalos d'amis qui m'entourent pouvait trouver un certain fondement philosophique. Je laisserai à quiconque plus averti que moi en la matière le soin de répondre à cette question.
Personnellement, l'histoire de l'arbre et de son bruit que personne n'entend me donne une petite idée sur la question.

      Ces lignes représentent les confidences d'un jeune lambda au début de ce troisième millénaire.
J'aurai pu parler de confessions, mais d'une part Rousseau l'avait déjà fait et d'autre part ,ce terme appelle à une sorte de jugement moral impliquant le remord du mea culpa. Or j'en ai fini avec l'auto flagellation de la remise en question perpétuelle.
Si tôt !? me direz vous; et avec raison.
A 23 ans, il est encore un peu tôt pour s'estimer au dessus de toute remise en question et réfuter la possibilités de futures erreurs.
Mais quel âge est le bon?
A partir de quand peut on prétendre ne plus se tromper, espérer ne pas s'être trompé?
Passées les années bénies qui nous séparent de notre sixième décennie sur cette terre, c'est un manque flagrant de courage.
Après 30 ans un manque total d'originalité. C'est la période de la maturité, celle où les projets prennent forme, où l'on a les moyens de les réaliser et pas encore le poids des années.
Avant, c'est de la prétention, voire de l'insouciance.
Nous avons donc le choix entre être des viellards lâches, des hommes ternes, ou de jeunes cons.
La troisième hypothèse laisse au moins le temps de faire taire les détracteurs.

Des confidences donc, mais pas n'importe lesquelles celles d'un lambda.
Un être dans la moyenne, ni trop ni pas assez, juste à mi chemin entre la médiante et la moyenne.
Pourquoi un lambda? C'est vrai, il est toujours plus intéressant de suivre les états d'âmes des gens extraordinaires.
Parce qu'ils sont divertissants et un peu parce que l'on peut les admirer,ou les plaindre s'identifier à eux et aussi les critiquer.
Ce sont des êtres multifonctionnels.
Le lambda tout le monde s'en fout. Il ne sert pas à rien, sans pour autant servir à grand chose. Le lambda il est juste là, comme de passage, fraichement arrivé et toujours sur le départ, et pourtant inexorablement présent.
Il a la vie que nous avons tous, tant et si bien qu'il n'est ni à plaindre ni à envier, tout le monde le connait mais personne ne sait qui il est.
C'est chacun de nous, et aucun tout à fait. N'importe qui dans la masse, mais personne de bien précis.
Pourquoi je vois bassine avec ce lambda (d'autant plus que, rappelons le, la moitié du monde s'en fout et l'autre reste indifférente à son sort)?
Simplement parce qu'il est partie intégrante de cette p... de question: la solitude exclue-t-elle l'existence?
Le mec lambda, est telllement commun, banal répandu, qu'il ne se distingue en aucune façon si ce n'est par sa banalité. Mais comment reconnaître l'indiviualité de quelqu'un ou de quelque chose s'il ne se distingue en rien de l'ensemble?
Comment reconnaître son existence, s'il ne semble n'appartenir qu'à un tout? Quelle existence pour celui qui justement ne sort pas du Lot? Le reconnaître comme un élément dans le tout s'est déjà lui accorder une spécificité, mais s'il est similaire en tout point à chacun des éléments du tout, reste-il un élément, ou devient-il autre chose?
Cette autre chose existera-t-elle (au sens étymologique)?
Beaucoup de questions je vous l'accorde.
Rassurez vous des gens plus intelligents que moi les ont certainement déjà posées.

Où tout cela nous mène-t-il?

Très simplement à un constat vieux comme le captalisme et la mondialisation: l'on crée et dissémine une pensée unique chargée de gommer les différences civilisationnelles et morales afin de nous muer en un consomateur docile et uniforme. La stratégie est simple: nous faire croire que nous sommes tous extraordinaires et que nous méritons (nous valons bien?) d'acheter tel ou tel produit. Or comme le dirait Syndrôme (le méchant dans" Les indestructibles", prod. par Pixar & Walt Dysney Pictures, NDLR), " Si tout le monde est extraordinaire, alors plus personne le sera".
Qui pourra attester de notre existence alors?
Je vous laisse méditer là dessus.



















NON je rigole, rien à foutre de ce discours alter-anti-néo-sketuveux. Ils ont surement raison, mais Cypher (matrix, révisez vos classiques bordel!)  l'a annoncé: "Les ignorants sont bénis". Alors je veux rien savoir.
Ça c'est fait.
Notre lambda donc, en vous adressant ses confidences fera un peu de bruit dans sa chute et aura à coup sûr au moins une oreille pour confirmer l'existence de se bruit.
Quitter la solitude dans le nombre pour s'adresser seul, au nombre.
   
        J'ai commencé à lire "lettres à un jeune poète" de RILKE, sous les conseils de mon prof de lettre de prépa, trois ans après qu'il me l'ait conseillé. Je lui avais envoyé quelques textes pour lecture et il m'avait entre autre répondu ceci: " vous devriez commencer par vous demander pourquoi vous écrivez , si vous avez quelque chose à dire, et si ça vous est absolument nécessaire. Sur toutes ces questions, je ne puis que vous conseiller la lecture des "Lettres à un jeune poète" de Rilke."
J'avais 20 ans, j'étais pétri d'orgueil, et sûr que mon talent était certain. Je n'ai pas écris pendant 4 mois, puis j'ai repris ma plume en me disant que c'était sûrement un vieux con d'écrivain raté. De con et d'écrivain raté, c'était surtout le plus jeune des deux.
Quoiqu'il en soit, j'ai entamé la lecture de ce livre, d'abord par morceaux choisis (pourquoi attendre avant de gouter la glace au centre du profitérole?).
J'ai compris là où ce cher mr M. voulait en venir.
Il me faudra le remercier pour cette lecture.
Rilke, le mec lambda, les confidences...
Tout çà semble confus n'est-ce pas? Restez calmes, bouclez vos ceintures, en cas de dépressurisation de la cabine des masques à oxygène....blah blah blah.
Sérieusement, ce sont quelques lignes de Rilke qui ont fait jaillir en moi cette réflexion. (PNC aux portes):

"Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir(...)

Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ?

.
    Nous y sommes: "une seule chose nécessaire: la solitude" et 'devriez vous mourir s'il vous était interdit d'écrire?"
La solitude, pour être face à son être, contempler son existence loin du brouhaha du monde. Mais cette solitude ne doit en aucun cas celle habituelle du lambda. Plonger en soi grâce à une profonde solitude, résulte d'une prise de recul par rapport au monde. Quitter le nombre volontairement, et s'affirmer en tant qu'individu. Le lambda ne connait qu'une solitude qui est celle de la non existence. Ne pas être reconnu comme individu spécifique au sein du groupe ne provoque pas le délice de la solitude voulue, cherchée, déclenchée. L'on existe simplement pas, alors comment contempler sa propre indiviualité et marquer encore sa différence en l'exprimant par la plume.

Concernant cet arbre qui n'en fini plus te tomber, la question qui me semble-t-il Rilke aurait pu ( et pas du, restons humbles cette fois) poser est plutôt celle ci: "devriez vous mourir s'il vous était interdit d'être lu?"
Toujours cette question du bruit de la chute.
Si personne ne me lit aurais-je vraiment écrit?
Bien sur je peux toujours prendre ma plume et l'accoupler à une feuille de papier, mais pour quel résultat? Un texte qui ira peupler mes tiroirs, avant de mourir dans l'oubli?
Et en dehors de la reconnaissance du souvenir, n'est-il pas plus important d'être lu que d'écrire simplement.
L'écriture n'est que la première étape avant le but premier être lu afin de se voir confirmer son existence.
Il en va de même pour la danse, la sculpture, la peinture et toutes les formes d'art et d'expression de soi.
Si personne n'est là au bout du chemin, tout celà n'aura été que pure perte.

Voilà, vous avez perçu je l'espère le pourquoi de ces confidences.
J'arrête tout de suite les psychanalistes marie claire, femme actuelle et autres Biba. Certes le lambda jeune du troisieme millénaire c'est un peu moi.
Mais c'est aussi un peu de chacun.
Nous sommes tous des Lambdas. (mis à part quelques êtres extraordinaires).
Ces confidences seront aussi les votres, le lambda parce qu'il est tout le monde a celà de pratique que sa vie est celle de chacun de nous.
Laissez moi vous raconter votre vie....








par kreyoll publié dans : exutoire communauté : L'âme du poète
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Commentaires

Le lambda ne raconte pas de la merde dans cette note.
A lire l'histoire avec ton professeur, je me suis dit: "ah, toi aussi, on t'a dit ça?" ça m'a frappée, et comme je suis un lambda qui aime expliquer pourquoi, je vais te raconter quand on me l'a dit.
Il y a bientôt deux ans, quand j'étais encore dans les habitudes de regarder ces bds avec des gens aux grands yeux et aux expressions kawai -les mangas, quoi- , je faisais la queue pour acheter ma place au salon Japan Expo. Pour tuer le temps, j'avais apporté un crayon et un vieux carnet à dessin, et je gribouillais au milieu de la foule de familles, groupes de cosplayeurs,l'esthétique allant du normal à l'extravagant...
A un moment, un gars -genre 35 ans, à mon avis- m'aborde. Je me dis "mais c'est qui ce relou.." Il demande à voir mon dessin -qui n'était pas terrible, d'ailleurs - et commence à raconter sa vie, qu'il est prof de dessin, qu'il vient rencontrer des élèves à lui à la japan expo, blabla.
Je le regardais en silence, en finissant par me dire que ce n'est peut être qu'un mec avec de l'entrain qui se faisait chier dans l'attente; j'ai donc décidé de passer du stade d'huitre au stade plus social de post ado bougonneuse -car après tout, je m'emmerdais ferme, moi aussi-.
On discute, blabla, puis il en vient à parler de ce que ton prof t'avais dit (si j'ai bien compris): le pourquoi de dessiner. Il m'a demandé pourquoi je dessinais.
Sa question m'a demandé quelques secondes de réflexion: à cette période, j'avais déjà commencé à me poser des questions sur ce que j'allais faire de ma vie, et ça touchait au domaine de mes interrogations. Je ne dessinais pas juste "comme ça, pour le plaisir" Pourquoi alors?
Je lui ai répondu partiellement, vu que je n'avais pas encore moi même la réponse complète à la question: pour raconter une histoire. Quelque soit le gribouillis, je le considère comme réussi s'il exprime quelque chose de plus: par la posture, surtout par le regard; celui qui le voit ne saura probablement jamais l'histoire en entier, mais qu'il sente qu'elle existe, au moins.
Je lui ai répondu que je dessinais pour raconter une histoire, des histoires. Faire passer un message.
Il m'a répondu que c'était important de savoir pourquoi on dessine, parce que si on se lance là dedans à corps perdu sans savoir tout à fait pourquoi, des années après, on ne trouve pas forcément de sens à ce qu'on fait: et on peut abandonner pour passer à autre chose, parce qu'il n'y a pas de voie précise pour garder le cap.
Pourquoi je dessine? Serais je prête à mourir si on m'interdisait de dessiner?
Je peux répondre partiellement à la 1ere question et dire clairement, pour la 2eme, que si on m'interdisait de dessiner, je ne mourrais peut être pas de fait, mais je serais vide et donc morte de l'intérieur.
Je sais depuis récemment que c'est le cas pour le dessin mais pas pour la musique ni pour l'écriture: ce sont des moyens d'expression, mais ce ne sont pas complètement MES moyens d'expression.
J'ai logé cette conversation dans un coin de ma tête -j'avais même pris l'adresse de son atelier de cours de dessins-. Elle réside à côté de cette question de mon prof de philo en prépa: "Serez vous heureux quand vous aurez une grande maison avec piscine, une voiture, des enfants et un chien? Savez vous pourquoi vous entamez ces études (d'ingégnieur), mis à part pour le salaire et une relative stabilité d'emploi?"
Il m'avait intriguée, car il avait cité de nombreux ingénieurs qui après leurs études dans ce domaine n'hésitaient pas à s'orienter vers des domaines complètement différents, comme la psychologie par exemple.
Je crois que ton professeur t'a donné un très bon conseil. Si c'est pour écrire de jolis mots qui sonneront bien, ce n'est que du vent., du clinquant, et du dérisoire. On est beaucoup de lambdas à le faire, et le bruit de l'arbre pour nous, on ne l'entend souvent pas. Cependant, si tu sais pourquoi tu écris, et que ce que tu fais a du sens, peut être bien que quelqu'un passera, et ne fera pas que remarquer distraitement que quelque chose est légèrement différent dans la forêt: peut être qu'il regardera, ou qu'il entendra l'arbre tomber.
Bref tout ça pour dire que c'était un texte sincère avec une bonne résonnance, et qui fait sens.
commentaire n° : 1 posté par : Dar (Claiw) (site web) le: 25/05/2008 18:52:12
Et que dire du lambda moyen? petit? ou encore grand?

Très bel article, je suis hâté de voir la suite
commentaire n° : 2 posté par : Nicolas le: 25/05/2008 21:36:29
J'ai lu l'article. Deux fois. Et la petite lambda que je suis a été touchée par ces réflexions qui trouvent un écho en ma subjectivité (qui n'est peut-être qu'illusoire, mais bon, comme on dit : "cogito ergo sum").
Je me faisais récemment des réflexions sur l'acte d'écrire justement. Il me semble que ta déviation vers l'idée d'être lu relève d'un narcissisme (qui est certes le lot de tout un chacun) mais qu'on peut creuser dans une optique un peu différente et encore plus intéressante : vider le "je" de sa subjectivité pour toucher à ce qu'il a d'universel. (Il y a aussi le fait que lorsque tu écris, tu te relis ensuite, tu es donc déjà ton premier lecteur donc même si ce n'est que par toi, tu es de toute façon lu.)
Lorsqu'on écrit, on instille de notre subjectivité dans quelque chose qui nous dépasse ; et ce qu'on écrit (dans l'idéal) trouvera un écho chez notre lecteur : la question, c'est qu'est-ce qui trouve écho justement ?  A quoi tient l'universalité de l'expérience qui fait l'Absolu de l'art ?
Personnellement, j'ai du mal à concevoir l'acte d'écrire en dehors de toute subjectivité ; comme l'a fait remarquer Claire : il faut écrire quelque chose "qui fait sens" pour soi, ce n'est que de cette manière qu'on peut espérer que ça fera sens pour autrui.
Merci en tout cas pour cet article, qui crée l'émulation chez mes neurones, tu m'as donné envie de lire Rilke.
J'ai peur de pas avoir été toujours super claire, néanmoins, je te conseille de lire "Le roman, le réel et autres essais" de Philippe Forest (peut-être que tu connais déjà), ça devrait t'intéresser. Voici un lien qui te permettra de te faire une idée dessus :

http://www.manuscrit.com/Edito/invites/Pages/MarsInti_PForest.asp
commentaire n° : 3 posté par : Touti (site web) le: 26/05/2008 14:47:43
*migraine*
commentaire n° : 4 posté par : crazyfraizy le funambule (site web) le: 01/06/2008 02:07:38
Je vous ai rencontré chez Ecume solitaire.
Voulez-vous venir danser avec nous ? sourires
commentaire n° : 5 posté par : traces (site web) le: 07/06/2008 23:06:17

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