Dimanche 23 avril 2006
«Ce n’est pas un roman, ce que je te raconte est ordinaire, oui je suis un type ordinaire, un bon peintre en lettre. Je sais faire de belles lettres de toutes les formes, sur toutes les surfaces, de toutes les couleurs. Ensemble elles forment tes rêves, dessinent mes délires, paysages enchantés où je te regarde grandir. Je ne suis pas artiste, juste réveur. Ce soir, je suis ailleurs, mais si près. Simplement, je vis de liberté et me perds dans de vastes souvenirs. Tu me manques mon fils . Soit fier de ton père, il l'est de toi. Pourquoi cette lettre? Pour que tu saches. Je te l'ai dit, je suis un homme ordinaire, parti à la quête de sa destinée. N'y vois pas une aventure, ou la poursuite d'une quelconque « légende personnelle », je suis juste un homme, perdu loin des siens. Je peinds, j'écris, et dessine mon monde. A défaut de m'intégrer dans ce monde je crée le mien. Je voyage, découvre le monde, et le recrée dans mes lignes. Crois moi, tu me manques, et ta mère... mais je devais le faire. Partir pour me retrouver. Je vais au gré de mes rencontres. Dors sous le ciel, et discute avec les étoiles. Si je te dis tout cela, c'est parce que je suis ton père, que tu me manques. La liberté a un prix, vivre loin de sa famille. »
« Louis, j'ai reçu ta lettre. Tu me parles d'aventure, de légende personnelle, de destiné et de rêve. C'est beau. Mais c'est fou. Ta liberté est un songe, et les vastes espaces que tu arpentes, ne sont que l'expression de l'inanité de ton existence. Tu n'es pas libre, bien au contraire, tu es prisonnier de ton alinéation. Tu penses créer? Tu n'es que destructeur. Je t'interdis de parler de ma mère. Tout sauf çà. Elle te manque? La faute à qui? J'aime lire tes lignes, elles me font sourire. Il semble que tu y crois. C'est drôle, mais j'aurais presque de la peine pour toi. Perdu tu l'es, mais il n'y a plus de « tiens », tu es seul, et tu le mérites. Tu aimes te décrire comme un réveur, tu cherches tant que çà à fuir ton cauchemard? Tu dors entre quatre murs. Et les seules lignes qu'il te reste vraiment, ne sont plus que l'ombre des barreaux de ta cellule. Hé oui, tu es en prison. Ta famille, c'est le prix de ta folie, ta liberté, juste un dommage colatéral. Ne m'appelle plus « fils ».
J'aurais pu être fier de toi. Tu écris bien.Tu aurais pu devenir quelqu'un.
Dommage Louis, 44-57-21
Fleury Méreugis le 30/08/86 »
par kreyoll
publié dans :
textes en atelier d'écriture
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ptits mots doux