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                "LA poésie mes chers amis, est l'incarnation sacrée d'un sourire

  La poèsie est un soupir qui sèche les larmes.

  La poésie est un esprit qui habite l'âme, qui se nourrit du coeur et dont l'affection est le vin." 

  "Khalil Gibran"

quel jour on est?

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Images aléatoires

ptits mots doux

Plume hallucinogène

 

 


J
'écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais.

Isaac ASIMOV

Vendredi 26 octobre 2007

C'était donc dans la dépouille de la mangrove, parmi les vers grouillant du développement économique que vivait ma Lily. Elle m'indiqua une ruelle s'enfonçant vers la mer, derrière le paravant industriel.

-Je ne savais pas qu'il y avait des gens qui habitaient ici, m'hasardai-je.

-Faut croire que tu avais tort.

Encore une conversation avortée.

Au bout de 300mètres, la nature semblait avoir repris, pour un temps du moins, sess droits. Broussaille, palétuviers, plage sauvage, raisiniers, ersatz de mangrove. Mais toujous pas d'habitations. Je la regardais d'un air interrogateur, et avant que je n'aie le temps de faire une quelconque réflexion, elle désigna une grille noyée dans un océan de végétation. Une caméra et un interphone étaient habilement dissimulés dans ce mur de chlorophyle. Elle descendit de la voiture, se dririgea vers la grille. Elle tapa quelque chose sur l'interphone, murmura quelques mots inaudibles et la grille s'ouvrit. 

Je restai interdit.  

Surpris par le soin mis dans la dissimulation et la protection du lieu. "T'attends quoi? Roule!", elle était déja en voiture et cette injonction me tira de mes réflexions. Sous mes yeux apparaissait une résidence faite de villas largement plus cossues que la plupart de celles que l'on croise généralement sur l'île. Une trentaine de maisons, plus proches du manoir que de la simple villa; jacuzzis, piscines privées et communes(avec tobbogans pour les enfants)terrains de tennis, des femmes faisant leur jogging, un parc automobile digne du catalogue du concessionnaire BMW, une porche (tient,se serait elle égarée?), des filles qui bronzent sur la plage privée, le tout gardé par une demi douzaine d'armoires à glaces, avec chiens, treillis, matraques, radios, flingues et sourires sur sale gueule. Un tel endroit était inconnu d'une bonne partie de la population, du moins aucune rumeur au sujet de ce QHS (Quartier Haut Standing) n'était parvenue à mes oreilles. J'étais estomaqué par l'étendue de cette résidence dont l'existence m'était jusque là insoupçonnée.

Elle m'indiqua une baraque un peu en retrait, gardée par un imposant massif de bougainvillées, une allée de palmier nous escorterait. "Tu viens boire un café?". Toujours aussi hébêté je tardai à réagir. "Bon descend." reprit-elle. Je m'exécutai. C'était une villa cossue, dont la véranda augmentait largement la déjà extraordinaire surface.
Elle enfonça une clé en fer forgé dans la serrure d'une immense porte en bois sculpté, poussa la porte et m'invita à pénétrer dans un salon au volume vertigineux de par son plafond inhabituellement surélevé.
Elle s'avança dans la pièce ôtant un à un ses vêtements. S'enfonçant dans couloir qui semblait mener  à la salle de bain, elle me lança "je vais prendre une douche. Mets toi à l'aise". Elle était nue. Un rayon de soleil caressait ses chevilles, qui se paraient d'or à mesure que ses hanchent parfaites s'enfonçaient dans l'ombre. Elle se retourna me dévoilant les trésors de sa nudité. Je n'avais pas perçu l'impecable beauté de ce corps plus tôt sur la plage. "Fais nous un café" dit-elle ravie de me voir confu par sa tenue d'Eve.
Magnifique ectoplasme de sensualité, telle me paraissait sa silouhette à l'entrée de ce couloir. Je m'aventurai dans sa cuisine, faite de marbre et de bois précieux; ouvrant un à un les placards à la recherche du composant principal de ce divin breuvage qu'est le café (à l'occasion je vous ferai partager mon amour démesuré pour ce noir liquide qui m'éclaire l'âme). C'est donc à la recherche de cette poudre ébène que je tombai sur ce qui annonçait la fin du pays des merveilles, pour me plonger dans l'obscur vortex de la  vie de ma Lily: dans un tiroir, entre les pates et le sucre roux en morceaux, une enveloppe kraft à peine cachetée. Intrigué, je decidai de l'entrouvrir et ce qui apparu sous mes yeux le laissa stupéfait. Des photos d'elle apparament plus jeune, d'autres plus récentes d'enfants différents, toutes représentant des situations ambigues, puis celle d'un homme cerclé de rouge, une liasse, une balle où était gravée une inscription que la peur d'être surpris m'empêcha d'analyser.



(Note de l'auteur: les dernières lignes en gras, sont censées introduire l'aspect "polar" de la nouvelle mais je trouve çà un peu facile... Qu'en pensez vous?)

par kreyoll publié dans : nouvelle
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Jeudi 11 octobre 2007
Il n’y avait désormais ni paradis, ni enfer. A vrai dire, j'en avait que faire de la vie éternelle, maintenant que je savais que deux êtres pouvaient ainsi caresser le firmament en se connaissant l’un l’autre.
Je songeais furtivement à tous ces philosophes qui nous exhortent à nous détacher des choses de la chair, pour libérer notre esprit et atteindre ainsi les essences. Les sots ! Jamais je ne me suis senti plus proche de l’entéléchie que ce soir là ; j’étais accompli, heureux, proche de l’imperfectible.
Chacune de mes cellules explosait de vie, toute fatigue m’avait abandonné. Il me semblait impossible de refermer les yeux un jour, j’étais Eveillé, en pleine communion avec l’univers, je ressentais chaque vague, chaque remoud sur la surface, chaque grain de sable charrié par la mer.
Lily: elle dormait.
Comment pouvait elle s’endormir après un moment pareil.
Son calme, son presque je m’en foutisme, finirent par faire retomber mon exaltation.
Je la regardais dormir, et les premiers baigneurs arrivaient sur la plage.
Le soleil était déjà bien levé, il fallait songer à s’en aller.
Encore une fois une armée de questions m’assaillit : était-ce réellement le début d’une histoire ? Qu’allions nous faire de notre journée ? Allais-je la ramener chez elle ? Chez moi ? Qu’en avait elle pensé de cette formidable nuit ? Cette nuit avait elle été formidable pour elle aussi? Pourquoi était elle si économe de ses mots ?
Je m’enfonçais peu à peu dans ce délire interrogatoire, quand je m’aperçu que Lily était déjà debout appuyée à la voiture. D’un bond je me redressai (je me donnais des airs de sportifs, comme pour la séduire encore; quel idiot! Ne me plaisait elle pas parce qu'elle semblait bien loin de tout çà?).
« On va où ? » lâchai-je comme si cette intimité fraîchement partagée avait suffi à faire de nous de vieilles connaissances. Son regard m’invita à me reprendre. « Tu veux que je te dépose quelque part ? Enfin si tu veux rentrer je peux te déposer, non pas que je veuille que tu partes, loin de là, mais si tu le voulais çà me déran… » Merde ! Je parle trop. Apprendre à la boucler fait partie des choses essentielles à savoir dans ce monde si l’on veut s’en sortir (je ne l’ai appris que trop tard). Elle sourit de me voir si confus. « On va où ? » repris-je.
-Ramène moi chez moi.
-Tu habites où, hésitai-je.
-Jarry.
Sa réponse succinte et lachée sèchement coupait court à toute conversation.
J'envisageais un petit déjeuner à la Marina du Gosier avant de la déposer. J'enclenchai le clignotant afin de prendre la bretelle qui me permettrait de quitter la rocade.
"Tu crois aller où comme çà? Jarry sans escales".
D'un geste de l'index désabusé et perplexe, je mis fin au tic tac.
"Soit" éructais-je.
L'incompréhension et la colère s'installaient. Qui était cette fille pour me parler de la sorte? Ce matin sur la plage c'était juste une partie de jambes en l'air? Pourquoi suis-je incapable de raisonner et de l'envoyer paitre? Mes yeux quittèrent la route pour se poser par l'intèrmédiaire du rétroviseur sur son visage. Ma colère s'apaisa, mes doutes disparurent.
Roulons.
             Jarry, une zone industrielle gréffée par la patte folle de l'homme dans la chair naturelle, comme une tumeur sans cesse croissante et alimentée par les délires industriels de quelque investisseurs en mal de profits et répondant à la névrose consommatrice de la population.
La nature saignait par des artères embouteillées et polluées; partout à l'instar de pustulles purulents, éclosaient des immeubles d'affaire grand standing, véritable métastases destinées à rendre plus facile la vie et le développement des cellules mortifères et laborieuses en costard ou bleu de travail.
Poumon cancéreux de la guadeloupe, avec son port autonome, sa raffinerie et ses consessionnaires, Jarry distillait un air parfumé aux biens matériels, ennivrant et poussant à l'achat compulsif. Air que les quelques poches de résistance végétale ne pouvait plus purifier.
Je m'engageais sur la Voie Verte.
Quelle blague! La Voie si cyniquement nommée verte, n'était plus que féraille, béton et rond points; et les cris des automobilistes excédés avait depuis longtemps remplacé ceux de la faune quasi éteinte.
A vrai dire de faune, il ne restait que quelques pics boeufs accompagnés de leurs vaches (maigres et ruminant je ne sais quelle vengeance), et des vendeurs de Bokits résistant tant bien que mal à la floraison intempestive de restaurants d'entreprise.
par kreyoll publié dans : nouvelle
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Mardi 9 octobre 2007
Nous roulâmes ainsi, dans un silence de mort à mesure que la vie reprenait ses droits sous l'aube naissante. Sans destination, sans but, à l'instar de notre relation, partie de nulle part pour finalement y finir.
Sans un mot, elle m'indiqua du bout de l'index, la sortie vers le centre ville du gosier.
Là encore la jeunesse guadeloupéenne riait, pleurait, se battait, se bécotait, se pelotait (Ô ma douce Lily quand connaîtrais-je enfin le plaisir de lire la passion des lignes de ton corps); je ralenti devant une immense tête d'indien (tête qui servait apparemment d'entrée à une de ces boites à la mode où les mâles friands de soirées mousse venaient assouvir les pulsions de leur cerveau reptilien contre des femelles dénudées, ou si peu habillées que le résultat était le même), qui vomissait de sa bouche béante, comme prise d'un étrange malaise, par spasmes une marée bilaire de T-shirts à gros logo, air force, et autres tallons aiguilles à dos nus.
Là encore les uns et les autres semblables à des vampires paraissaient dépérir à la lumière du soleil.
Le soleil est l'ennemi du clubber, il le rappelle avec vivacité à l'inanité de son existence; les apparences deviennent tas de cendres aux premiers éclats de lumière ,vampires vous dis-je...
Une vague de mépris m'envahi, puis un léger pincement au coeur: j'enviais leur insouciance, leur lubricité candide, leur popularité, leurs parties de jambes en l'air et leur bons mots.
Puis d'un revers de main rhétorique et empli de mauvaise foi, je me murmurai "vanité, tout n'est que vanité".
Retour du mépris.
Le mépris, quel doux ami. Jamais sentiment n'apportera autant de réconfort aux accidentés de la société, aux non populaires, à tous les has been et autres old fashionned victimes.
Plongé dans mes pensées, mes lèvres esquissaient malgré moi un rictus de satisfaction (je vous méprise vous autres les "cools", et j'aime çà), rictus que Lily d'une clairvoyance quasi surnaturelle interpréta très justement: "çà donne le vertige n'est-ce pas? tout ce vide, je veux dire ce gaspillage d'existences, çà me donne le vertige, et la nausée; accélère."
Bientôt nous arrivâmes sans trop que je sache comment  sur la "Datcha". 
La Datcha, une plage en plein centre ville du Gosier, face à l'îlet du même nom d'où, la nuit, la lueur rougeâtre du phare au milieu d'une obscurité totale semblait indiquer la route à ces âmes naufragées: "Vers la mer. Noyez vos corps après que vos âmes aient sombré. Encore quelques pas. Vers l'amer."
Nous nous installâmes sur la plage, toujours silencieux. Les yeux dans l'horizon, les ténèbres s'étaient retirées, et l'orangé troublé du ciel laissait sa place à un azur triomphant.
La mer lisse, comme figée, semblable au mercure, reflétait ce ciel l'embellissant çà et là de nuances argentées.
Tout n'était que paix.
Les derniers clubbers avaient dès les premières lueurs de l'aube, fuit dans leurs résidentielles cryptes; plus haut sur la place, là où s'affairent de coutume marchands et maraîchers dans un brouhaha éclatant de vie, plus haut sur cette place la solitude et le désespoir semblaient se promener incarnés dans deux chiens créoles maigres, boitant, l'oeil sournois et la truffe mesquine qui se disputaient un cadavre de bokit.
Majestueux sur leurs canots, les pêcheurs revenaient du large, la mine rongée par le sel mais le regard aiguisé par la rigueur de leur quotidien, ils ramèneraient  assurément avec eux quelque trésors arraché à la mer après la bataille de la nuit. Etrangement, le cortège traditionnel de malfinis, qui d'habitude virevoltaient de piqués en vrilles tentant vainement d'arracher une partie du butin pêché, avait pris des allures de deuil, les ailes en berne, comme échoués sur la plage.
C'est dans ce décor mêlant la mort des êtres à un ciel renaissant, que je me décidai à prendre Lily dans mes bras.
L'air était frais et aussi léger que la robe de ma belle.
Elle tremblait; je l'embrassai.
Sans grande assurance ma main glissa de ses cuisses  à ses seins, caressée par le tissu de sa robe.
Elle se laissa faire avec un air absent, comme non concernée par les événements.
Cet nonchalance me fît vaciller, et j'eu moi aussi comme une absence. 
Je pensais à cette fille que j'avais poursuivie dans la rue Frébault. Les images se bousculaient dans ma tête, et une forme de remord m'envahi.
A ce moment son regard croisa le mien avant de s'y abandonner totalement.
Elle m'étreignit d'une façon qui voulait dire "fais moi l'amour".
J'obéis.
(à suivre).
par kreyoll publié dans : nouvelle
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Jeudi 16 novembre 2006

La voilà à ma table, et tout n'est que grâce . Nous échangeons quelques formules de politesse, artefacts de sociabilité qui sur le moment m'apparaissent aussi surréalistes qu'hors de propos.

 

Le silence s'impose.

 

L'importance des maux, la vanité de la parole appellent un temps mort.

 

Laissons Chronos agoniser, il me doit bien çà.

 

Elle est assise lentement, et je m'égare encore dans notre histoire.

 

         Au bord de la piscine, la lumière chassait lentement l'intime.

 

L'air se réchauffait et la rosée se mêlait à la sueur de nos étreintes.

 

Les uns et les autres titubaient; hésitant entre l'excitation de l'ivresse et l'assommant d'une gueule de bois.

 

C'était l'heure de la débâcle des "cleubeurs"; le retour à une réalité déliquescente: migraine, sueurs, capotes usagées, courbatures, jurons, sourires complices et regards vengeurs, mines rabougries, mascara en déluge et "brushing nicotinés".

 

Par là des rires, des baisers volés, des caresses indigentes: derniers vestiges de l'ébriété passée de corps qui, quelques heures auparavant, étaient plongés dans une sexuelle et bestiale promiscuité.

 

Ailleurs, les cris des vigiles tentant de préserver la fragile illusion de sécurité qui avait régné la nuit durant; et qui, comme le veut la tradition, était maintenant menacée par une quinzaine d'olibrius proches du delirium tremens, cherchant à mesurer leur virile stupidité à coups de bouteilles, dans le but de déterminer (Ô suprême enjeu) qui parmi eux serait le plus "fondamental des nèg radikal".

 

Au milieu de ce lubrique et fantastique capharnaüm, Lily et moi restions enfermés dans notre bulle passionnelle.

 

"Tu me ramènes?"

 

Ces mots sonnèrent en moi, (sans que je puisse vraiment déterminer quelle partie de mon être avait réagi le plus promptement à cette déclaration) comme une invitation à prolonger cette tendre intimité.

 

Rêveur, surpris, heureux, confus, décidé, embarrassé, exalté,excité, confiant, perdu, je balbutiai: "b-bien sûr".

 

Les couples branchés regagnaient leur 307 CC; les branleurs la BMW des parents; les gangstas leur Suzuki; et moi je considérais avec une certaine perplexité l'engin que d'aucun oserait nommé "automobile". Cette gêne qui m'habitait sur le moment me paru ridicule: n'étais-je pas détaché de ces piètres contingences sociales et matérielle?

 

Je considérais donc ce véhicule qui tenait plus de l'épave que de la voiture.

 

Il s'agissait d'une Citroën Bx, de 10 ans mon aînée, qui si ce n'était son état d'agonie prononcé, aurait à n'en point douter été une bele pièce de collection. Le destin en aura voulu autrement.

 

J'enrageais.

 

Je pensais à cet élève qui à l'instar de nombreux de ses camarades me devait un service, m'avait proposé de me dépanner en me prêtant ce qu'il nommait avec la plus grande révérence: “sa petite merveille”.

 

Ne faites jamais confiance à un aspirant philosophe.

 

“C'est ta voiture? Original!”

 

Je restai perplexe à la suite de cette remarque.

 

Je mis le contact, et la BX releva dans un geste aussi magistral qu'une spécialiste de l'effeuillage, son arrière qui avait du en avoir de belles lui aussi.

 

Je dois reconnaître qu'elle avait quand même quelque chose d'attachant, voire de gracieux.

 

Nous étions aussis confortablement installé qu'il est possible de l'être dans des sièges sans âge.

 

Je trainai un peu avant de quitter le parking de l'hotel, le temps de donner à cette jeunnes encore en extase le temps de se procurer quelque ultime sensation sur la route.

 

Il était hors de question que ne corps ne se connaissent aujourd'hui. Prudence est mère de sureté.

 

Nous restâmes silencieux pendant près d'une demi heure, dans un parking, désert, seuls. Nous quittâmes finalement l'hôtel.

 

Le silence qui régnait aurait, avec quelqu'un d'autre été le signe d'ue tension, d'un reproche. Mais dans notre cas, il était l'expression de notre communion.

 

Il me fallu quand même rompre le silence.

 

-Je te dépose où?

 

-Peu importe, roule.

 

Je restai interdit. A nouveau milles questions se bousculaient au bord de mes lèvres. Où en voulait elle en venir? A-t-elle des projets pour la suite de la soirée? Veut elle me cacher son domicile? Se méfierait elle de moi?

 

Elle déposa un baiser chaud et humide sur mon coup.

 

Avant que je n'ai le temps d'exprimer une once de surprise, elle ajoute, tranquille: “aie confiance, roule”.

 

Et comme pour couper court à toute réponse, elle déposa lentement sa main sur le haut de ma cuisse.

 

J'inspirai profondément et roulai.

 

Silence.
par kreyoll publié dans : nouvelle
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Samedi 26 août 2006

Les jours qui suivirent, je fus tantôt rongé par le remord, par une impression d'être un individu abjecte, voué au mal; tantôt empli d'une exaltation démiurgique, d'une immense sensation de pouvoir et de puissance. Tant de bouleversements internes finirent par me convaincre de mettre en sommeil cette petite distraction et de raréfier mes visites à ma tendre maîtresse. Du moins pour un temps.

Pour meubler ce temps nouvellement libre, je remplaçai mes ébats pointois par une immersion (Ô grand Dieu) dans le monde nocturne triste et flamboyant de la "jet set" antillaise.

Enfin, je m'entends.

En guise de "jet set", je fus aiguillé par un de mes anciens élèves qui me devait un service, vers une de ces soirées à thème dans un de ces hôtels en manque de notoriété, organisée par une de ses associations de domiens en mal de zouk.

Une bande d'étudiants pré pubères ayant emprunté pour un soir la "vwatur-dela-mater", tous habillés selon le "dress-code" du moment.

Autour de moi, je les voyais s'agiter sous des rythmes saccadés, pousser des hurlements venus des entrailles de la barbarie, comme en réponse à un rite tribal mené par un "didgé" au nom évocateur.

Je ne me sentais absolument pas à ma place. J'étais comme plongé au milieu d'une centaine d'êtres possédés par un mal informe, et doté d'un sens douteux du rythme.

Alors que ces êtres sans visages, continuaient d'exécuter ce qu'ils nommaient fièrement "danser" je me dirigeais pantois vers le bar.

C'est là que je la vis.

Éternelle émeraude perdue dans un écrin de bras et de jambes remuants.

Elle savait décidément réussir ses apparitions. Et comme pour la conforter dans sa prestance fantasmagorique, l'éclairage et la fumée de cannabis, formaient autour d'elle un halo de sainteté.

Je m'approchai d'elle, reléguant au deuxième plan ma folle ambition d'affronter la plèbe accoudée au bar.

J'avais une certitude, mon royaume n'était certainement pas de ce monde, mais je décidai tout de même de prendre l'air à l'aise, et de graver un sourire détendu sur une face qui, je l'avoue, trahissait ma gêne.

Alors que je desserrais les lèvres pour lui adresser la parole, un grand type à casquette, avec un air pseudo-méchant qui masquait à peine son visage de fi-fils-à-sa-môman, vînt me la ravir.

S'en suivi une longue et pénible session de zouk love. Pénible pas à cause de l'assommante banalité des propos de ces "zoukloveurs" (pronocez à l'anglaise!), ni du fait de ces mélodies sans cesse reprises, samplées, remasteurisées, et autres mixes censés cacher l'absence totale d'inspiration de ces maudits artistes.

Pénible parce que je voyais l'objet de mes désirs offrir son corps (son coeur?) à cet ersatz de rappeur américain.

Alors que ma dernière gorgée de whisky se mêlait à ma rage, et enflammait ma gorge comme le tafia du plus endurci des rhumiers, je m'imaginais enfoncer une à une les bagues, chaînes et autres apparats dorés, qui le faisait ressembler à un mister T au rabais, dans une partie de son anatomie que la décence m'interdit de nommer dans ces lignes.

Je n'avais qu'à serrer les poings et je pouvais sentir ses os broyés sous la pression de mes doigts enragés.

Et intérieurement je l'entendais agoniser et supplier sur l'air du dernier Sean Paul.

La musique adoucit les meurtres.

Je fus tiré de ma douce rêverie par ma dulcinée qui avait du l'espace d'un instant détourner les yeux de ceux de son cavalier, et avait pu ainsi constater la colère d'un amour naissant dans les miens. Revenant à la réalité, j'essuyai instinctivement des mains que je croyais pleines de sang, comme persuadé de la véracité de mon rêve. C'est à ce moment qu'elle me prit le bras, afin de m'entraîner loin de la cohue de la piste de danse.

Nous quittâmes donc ce chaos, pour nous retrouver sur un banc énigmatique, au bord d'une piscine agonisante.

Il me semble aujourd'hui que l'environnement se prêtait volontiers à ses allures fantasmagorique.

Il suffisait qu'elle soit là pour que tout ne soit que fantasme, ballade onirique, tantôt sombre, tantôt d'une exquise clarté.

Elle me parlait. Je ne l'écoutais pas. Mes yeux ne quittais pas les siens, et mes lèvres réclamaient timidement les siennes.

Je ne l'écoutais pas; ou plutôt je ne prêtais aucune attention aux mots, aux syllabes qui s'échappaient de sa bouche.

Je n'entendais qu'une somptueuse symphonie, un hymne à l'amour, une mélodie tendre, un murmure réconfortant.

Lily. Elle s'appelait Lily. Pour la première fois, je portais attention à son prénom. Jusque là pour moi elle était ma dulcinée, mon immortelle, mon intangible, le rêve récurant qui avait pendant des semaines hanté chacune de mes nuits. Et voilà qu'elle avait un prénom. Se pouvait il qu'elle soit finalement humaine? Que l'onirique et le matériel se soient liés dans cette femme magnifique? Lily. Ce prénom sonnait à mes oreilles comme une invitation à l'amour. Bien sûr ce n'était qu'un diminutif; mais pourquoi s'embarrasser de plus, quand l'essentiel de la passion tient en quatre lettres?

Déjà une heure que nous parlions. Enfin elle parlait et moi je restais suspendu à sa voix, comme en apesanteur. Et sans bien comprendre pourquoi, ni vraiment comment, mes lèvres furent comme libérées des dernières entraves de bienséances qui leur restaient, et cueillirent un baiser sur les lèvres aux couleurs de l'hibiscus de ma Lily.

Par ce baiser, qui interrompait irrévérencieusement cette divine mélodie, je me l'appropriai et je m'offris à elle. Le plus surprenant, ce qui à jamais me fit penser qu'elle était l'incarnation d'un rêve, c'est qu'au lieu de prendre un air surpris voire outré, elle plongea son âme dans la mienne avant de me rendre un baiser qui voulait dire "aime moi, et je t'appartiendrai pour toujours". Enfin c'est ce que j'ai voulu croire à ce moment.

Ce soir, alors qu'elle s'assoie enfin à ma table, je repense à tout les événements qui m'ont conduit dans ce bar, toutes les promesses assassinées par le destin, à mes rêves orphelins, et je ne peux m'empêcher d'admirer encore ma Lily. (à suivre)

par kreyoll publié dans : nouvelle
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Mardi 18 juillet 2006
Les semaines passaient, et je continuais à me répandre en temps perdu. Je végétais. De temps à autres, je faisais partager mes lumières philosophiques à quelque prétendant bachelier en quête du mode d'emploi de la mort. Las de leur ressasser cette rengaine "philosopher c'est apprendre à mourir", je pensais sérieusement à leur faire expérimenter la mort afin qu'il apprennent enfin à philosopher. J'imaginais aussi des sujets du type: "Critique kantienne du poison pur", ou une analyse platonicienne des "mites dans le caveau". Rapidement je compris que cet humour passait 6 pieds en dessous de pas mal de personnes. Alors je me résignai à mettre un terme à ma seule source de revenus. Il subsistait en moi une voix malicieuse et terrible, qui malgré ces circonvolutions intellectuelles, me ramenait à cette rencontre. Son souvenir était tapi dans mon maquis mémoriel, près à me sauter au coeur dès que je baissais ma garde. Il suffisait que je me laisse aller à mes élans romantiques pour qu'elle surgisse. Telle une bête vidée de son cens, mon coeur était tributaire d'un sourire prédateur. Tempête dans mon crâne. Une torture, un tempo tonitruant, mon âme triturée par de tristes trémolos. Sapristi! ma raison tourneboulée, tournée en ridicule par un coeur zébulon, traître tenté par ce téléphone. Tournicoti tournicota, sans plus tortiller du citron, je tentai ma chance. Comme las de multiples allitérations, je m'alitai, me tu, luttant pour m'alléger l'esprit, et titubant, dans un élan d'aliénation, je l'appelai. La voix qui s'échappait de mon Nokia dernier cri, m'invitait à laisser un message après un bip sonore sarcastique. Même la technologie avait décidé de se foutre de ma gueule. Je balbutiai quelques mots inaudibles mais solennels, plus près des derniers mots d'un ministre agonisant, que d'une invitation à sortir. Mais qu'importe! J'avais franchi le pas il ne me restait plus qu'à attendre. Et la réponse se fit attendre. Elle n'aurait pas été Elle, si la réponse ne s'était pas faite attendre. Entre temps, je décidai de me consacrer à un petit jeu que j'avais découvert par hasard. Il s'agissait de suivre une inconnue dans les dédales de Pointe-à-Pitre, jusqu'à son lieu d'arrivée, ou jusqu'à ce que mon petit manège (malsain je le reconnais) soit découvert. Peu de temps avant cette rencontre, j'avais suivi une petite libanaise dans toute la ville. 1m62 environ, 65 kilos mouillée. A son port, je savais qu'elle était née bercée par les "sexy viens me voir" de mes congénères masculins. Elle avait le regard hautain, le menton droit, et une hyper lordose lombaire qui accentuait des formes qu'elle avait déjà étonnement généreuses. "On ti manzél ka fé dièz", comme l'aurait dit avec dédain l'un de mes nombreux et non moins "filozof" compagnons de galère. Cette fierté, cet orgueil, on ne l'acquiert qu'à l'épreuve des interpellations des "malmakés" de la rue Frébault. En fait, la rue entière était le lieu d'une espèce de rituel initiatique pour les jeunes guadeloupéennes. L'entrée de la rue était gardée par deux groupuscules. A gauche, les rastas vendeurs d'encens. Résidu partisan d'un hypothétique retour en Afrique, de l'anéantissement prochain de Babylone et de ses Batyboys; mais fins connaisseurs des variations du RMI et du model capitaliste de réussite à la Tony Montana. Dreadlocks, Reggae, ganja, chaînes forçat avec médaillon et bracelets en or, débardeur isotherme et short trois quart, cuisine végétarienne, Suzuki et vin-blanc-rhum-sans-plomb. Nous sommes tous frères, et la "ptite-soeur-sexy" en dos nu devrait venir prier Jah ce week-end dans la forêt. A droite, les "boug-a-tress", distribuant de janvier à Saint-Sylvestre, les flyers de telle ou telle soirée "brand-new", hardant militants de la consumation des Bamboklats et autres Batyboys. Résultats aberrant du métissage entre rêve américain et réalité d'une Guadeloupe exsangue: une lignée de Tony Montana RMIstes . Tresses, Gangsta-rap, ganja, chaînes forçat avec médaillon et bracelets en or, débardeur isotherme et bagghi, KFC ou bokits, Suzuki et vin-blanc-rhum-sans-plomb. Nous sommes tous des ghetto-youths, et la sexy au dos nu, devrait passer ce week-end à la piscine party à St-François. Ainsi donc s'enfonçaient elles dans la rue Frébault sous les élans de convoitise de ces deux clans. Ne pas se retourner. Ne pas sourire. Ne pas lâcher non plus un "tchiip" désobligeant. Toujours marcher, la tête haute, le pas déterminé. Ma petite libanaise semblait dominer l'épreuve. Chacun de ses pas était une invitation à la suivre. Je la suivais donc, comme attiré par son subtil roulement de rein. Le regard perdu dans le balancement de ses hanches, je voyageai. Mes sens étaient cet îlot perdu au milieu d'un océan d'érotisme. Ce petit corps flirtait avec l'infini. Je contemplais, elle avançait. De ce pas rapide, décidé, mais tellement sensuel, naissait une démarche chaloupée et saccadée. Elle était une vague tendre et farouche. Il me semblait que chacun de ses pas s'annonçait avec force et langueur. Puis comme pour titiller un peu plus mes sens déjà affolés, ils s'écrasaient violemment sur la plage d'un désir me dominant peu à peu, avant de s'en aller lentement, m'attirant vers elle et emportant comme autant de grains de sable un peu de ma raison. J'étais un îlot, elle la mer, et sans qu'elle puisse y changer grand chose, (en était elle même consciente?), elle jouait le jeu de séduction auquel se livre depuis le Commencement la mer et les femmes envers les pauvres îlots que nous sommes. Je n'avais jamais tant attendu qu'une tempête me passe dessus. J'en tremblais, espérant qu'un raz de marée charnel me submerge. A mesure que cette filature s'éternisait, je souhaitais me répandre en elle, en une infinitude de grains de sables. Ainsi que la mer et l'îlot, lorsque avec fracas la vague s'abat sur la rive, mêlant ainsi eau et sable, chair et sang. Mais tant il est vrai que la mer ne flirte pas consciemment avec tout ces petits bouts de monde, elle ne savait rien de mon emportement. En cette rue Frébault, alors qu'elle arpentait fièrement le trottoir, de sordides considérations naissaient en moi. Comme pour me donner l'occasion de mettre en exécution mes noirs desseins, elle s'enfonça dans un ruelle glauque et déserte. C'est fou comme il y a toujours une ruelle de ce type quand on prépare un sale coup. Elle s'arrêta. Je l'accostai. Nous échangeâmes quelques mots, et elle lu la menace de mon regard. Sa bouche s'entrouvrit, et ma paluche s'abattit sur elle, et étouffa un "au secours" plein de détresse. Le temps s'était arrêté. Une larme, une supplication, une autre larme, une gifle, elle éclate en sanglots. Lentement, je m'approchai de son cou, déposai y déposai un baiser acide, avant d'esquisser un sourire malsain. J'vais plaqué ses épaules au mur. D'une main je l'empêchais de crier, de l'autre je prévenais toute tentative de mouvement. J'étais maintenant si proche d'elle que je voyais son âme affolée se répandre en supplications, me porter des coups mortels, me harceler de "pourquoi" désespérés. Et au creux de l'oreille, je lui susurrai doucement "tu le sauras bientôt". Rendue muette de stupéfaction et de peur, elle ne senti même pas ma main passer de sa bouche à ses seins avant que je ne disparaisse aussi magistralement qu'elle arpentait la rue Frébault.
par kreyoll publié dans : nouvelle
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Dimanche 23 avril 2006
   
 
 
     Comment en suis-je arrivé là?
Par quelle farce cynique du destin me suis-je retrouvé dans ce bar, admirant une dernière fois l'auteur sublime de mes tourments?
Flash-back!
C’était une de ces journées mal commencées, et assurées de finir en compagnie d’une pizza froide, un coca chaud et un vieux porno des années 1980’.
Bref une journée normale dans la vie d’un célibataire de 25 ans , bedonnant, imbu de lui-même et fatalement, désespéré.
Il faisait beau. Il fait toujours beau quand tout va mal. La ville reprenait son rythme épileptique. Calme, sereine, comme plongée dans un coma profond. Les uns et les autres animés d’un mouvement uniforme affichaient des mines grises sous un soleil radieux. De ce ballet monotone, se dégageait alors une sensation métallique et glacée, une sensation de mort.
Et parfois, par intervalles irréguliers, imprévisibles et aussi soudainement qu’une catastrophe naturelle, ce microcosme urbain, cet être de ferraille et de béton, comme las d’admirer la fixité de son quotidien était pris d’ardents soubresauts.
Et cette sérénité morbide se brisait en un éclat multi-sonore.
Ici des rires, plus loin des cris, par là des pleurs et des badauds . Un brouhaha sourd, déchiré de cris ardents.
Bref répit effervescent avant le retour de l ‘assommante monotonie.
Lentement, la ville extravertie comme une fille sous GHB, retombe dans son autisme.
Au milieu de cette schizophrénie ambiante, j’avais l’impression de faire partie du mobilier urbain.
Constant, immuable et indifférent à l’ordre chaotique environnant, à l’instar du buste de Félix Éboué sur la Place de la Victoire, j’errais.
J’errais et j’aurais pu dire que j’ai arpenté cette ville sous tous ses angles.
J’aurais pu dire que j’ai été son amant le plus fidèle le plus passionné, que nos ébats m’avaient épuisé, qu’elle en sortait en fleurs, et moi rayonnant de sueur. J’aurais pu dire que je connaissais ses crises de courroux, que ses folies étaient miennes, et que mieux que quiconque, je la connaissais.
Mais ma dépendance, le réconfort de ses rues et l’état de lourdeur post coïtal qui m’envahissait lorsque épuisé et béat je regagnais mon triste domicile, tout cela avait fini par me convaincre que c’était cette ville qui me connaissait. Que c’était elle qui m’habitait, et que moi je défilais sous ses pas. Que c’était elle qui pestait contre mes retards, mes blocages, et mes insuffisances.
En cette journée de mai, alors que les esprits s’émouvaient de la commémoration de l’abolition, je savais que cette ville serait ma dernière et plus fidèle compagne.
J’errais donc, deux euros en poche, Jimi Hendrix dans le crâne, un surplus capillaire masqué grossièrement par une casquette délavée, une éternelle sucette Chupa-Choups au coin de la bouche, un bermuda bagghi réclamant l’euthanasie, un marcel sur le dos et une paire de reef.
Véritable allégorie du laisser aller.
Et même si mon avenir était un cul de sac, même si je faisais peine à voir, et que ma seule certitude était l’imminence d’un fond que je m’appliquais à toucher, sans être ni heureux, ni vraiment malheureux, je me sentais bien mieux, qu’assis, perdu et pantois dans ce bar.
(à suivre...)
par kreyoll publié dans : nouvelle
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Dimanche 23 avril 2006
Et voilà nous y sommes!
Cette soirée a un goût d’inéluctabilité. Ça ne serait pas si pathétique, que j’en rirais.
Bof, après tout, si on ne peut même pas rire du malheur des autres, rions au moins du notre.
« S’engager, est-ce perdre sa liberté? ». C’était un de mes sujets de philo.
Avec le recul, ce n’est pas seulement sa liberté qu’on perd.
Petit bilan des dégâts.
Visite du champ de bataille: gisent pèle mêle, dans un état déplorable, mon orgueil et un peu de ma fierté, le gros de mes espoirs, et une masse informe larmoyante et vainement amoureuse ,mon cœur, général de mes troupes en défaite. Unique responsable de cette déroute: Elle.
Elle?
La seule, l’unique. L’innommable. L’auteur de mes peines. L’artiste de mes tourments.
« Engagez-vous qu’il disait, engagez vous… »
21h30!
Elle arrive, en retard comme à son habitude.
La grisaille de l’instant contraste avec sa lumineuse entrée.
Elle est belle.
Non.
Elle est.
Elle s’avance.
Les arabesques de fumées, nées des esquisses des quelques dandys et autres célibataires pseudos endurcis, faisant virevolter dans les airs d‘un geste souple du poignet, ainsi que le peintre son pinceau, une cigarette; ces arabesques dansent autour d’elle, et elle semble apparition. Flaubert aurait aimé. Flaubert l’aurait aimé.
Je me sens comateux;
la lumière tamisée, cette entrée fantasmagorique,
les quelques verres absorbés, mon chagrin, et les fantômes de mes larmes,
tout cela donne à cette scène les allures d’un songe.
Elle s’avance.
Dans quelques pas, je pourrais sentir son parfum.
La grisaille de l’instant de dissipe. Le voilà figé.
Le temps est un salop.
Il prends un malin plaisir à nous faire souffrir.
Plus elle s’avance plus je regrette, plus je regrette plus il s’arrête.
Je souffre donc elle avance.
Je souffre donc il s’arrête.
Puisque Chronos se fout de ma gueule, profitons pour l’admirer encore.
Ses seins.
Ses seins, généreux comme les pleurs du nouveau né, véritables cornes d’abondance, promesse de plaisirs et de réconfort.
Ses seins, moulés par ce pull cachemire noir, avec un col roulé,
ses seins, dressés comme les mamans antillaises fières d’elles, de leur patrimoine.
Ses seins, qui m’avaient tant plus par le passé.
Ses seins qui accueillirent mes secrets, s’émurent de mes baisers, épongèrent mes pleurs.
Ses seins, ce soir, libre de tout soutien, se dressent à ma face avec arrogance, défiance et vanité.
Elle s’avance.
Son parfum se répand ainsi qu’une mauvaise humeur.
C’est un souffre exquis, l’infernale fragrance d’un paradis perdu.
Elle s’avance.
Amuse toi Chronos.
Prend plaisir de mon malheur, et accorde moi encore le temps de la contempler. (à suivre…)
par kreyoll publié dans : nouvelle
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