hé oui!! la suite de la nouvelle.... lachez vous laissez des commentaires...
Les jours qui suivirent, je fus tantôt rongé par le remord, par une impression d'être un individu abjecte, voué au mal; tantôt empli d'une exaltation démiurgique, d'une immense sensation de pouvoir et de puissance. Tant de bouleversements internes finirent par me convaincre de mettre en sommeil cette petite distraction et de raréfier mes visites à ma tendre maîtresse. Du moins pour un temps.
Pour meubler ce temps nouvellement libre, je remplaçai mes ébats pointois par une immersion (Ô grand Dieu) dans le monde nocturne triste et flamboyant de la "jet set" antillaise.
Enfin, je m'entends.
En guise de "jet set", je fus aiguillé par un de mes anciens élèves qui me devait un service, vers une de ces soirées à thème dans un de ces hôtels en manque de notoriété, organisée par une de ses associations de domiens en mal de zouk.
Une bande d'étudiants pré pubères ayant emprunté pour un soir la "vwatur-dela-mater", tous habillés selon le "dress-code" du moment.
Autour de moi, je les voyais s'agiter sous des rythmes saccadés, pousser des hurlements venus des entrailles de la barbarie, comme en réponse à un rite tribal mené par un "didgé" au nom évocateur.
Je ne me sentais absolument pas à ma place. J'étais comme plongé au milieu d'une centaine d'êtres possédés par un mal informe, et doté d'un sens douteux du rythme.
Alors que ces êtres sans visages, continuaient d'exécuter ce qu'ils nommaient fièrement "danser" je me dirigeais pantois vers le bar.
C'est là que je la vis.
Éternelle émeraude perdue dans un écrin de bras et de jambes remuants.
Elle savait décidément réussir ses apparitions. Et comme pour la conforter dans sa prestance fantasmagorique, l'éclairage et la fumée de cannabis, formaient autour d'elle un halo de sainteté.
Je m'approchai d'elle, reléguant au deuxième plan ma folle ambition d'affronter la plèbe accoudée au bar.
J'avais une certitude, mon royaume n'était certainement pas de ce monde, mais je décidai tout de même de prendre l'air à l'aise, et de graver un sourire détendu sur une face qui, je l'avoue, trahissait ma gêne.
Alors que je desserrais les lèvres pour lui adresser la parole, un grand type à casquette, avec un air pseudo-méchant qui masquait à peine son visage de fi-fils-à-sa-môman, vînt me la ravir.
S'en suivi une longue et pénible session de zouk love. Pénible pas à cause de l'assommante banalité des propos de ces "zoukloveurs" (pronocez à l'anglaise!), ni du fait de ces mélodies sans cesse reprises, samplées, remasteurisées, et autres mixes censés cacher l'absence totale d'inspiration de ces maudits artistes.
Pénible parce que je voyais l'objet de mes désirs offrir son corps (son coeur?) à cet ersatz de rappeur américain.
Alors que ma dernière gorgée de whisky se mêlait à ma rage, et enflammait ma gorge comme le tafia du plus endurci des rhumiers, je m'imaginais enfoncer une à une les bagues, chaînes et autres apparats dorés, qui le faisait ressembler à un mister T au rabais, dans une partie de son anatomie que la décence m'interdit de nommer dans ces lignes.
Je n'avais qu'à serrer les poings et je pouvais sentir ses os broyés sous la pression de mes doigts enragés.
Et intérieurement je l'entendais agoniser et supplier sur l'air du dernier Sean Paul.
La musique adoucit les meurtres.
Je fus tiré de ma douce rêverie par ma dulcinée qui avait du l'espace d'un instant détourner les yeux de ceux de son cavalier, et avait pu ainsi constater la colère d'un amour naissant dans les miens. Revenant à la réalité, j'essuyai instinctivement des mains que je croyais pleines de sang, comme persuadé de la véracité de mon rêve. C'est à ce moment qu'elle me prit le bras, afin de m'entraîner loin de la cohue de la piste de danse.
Nous quittâmes donc ce chaos, pour nous retrouver sur un banc énigmatique, au bord d'une piscine agonisante.
Il me semble aujourd'hui que l'environnement se prêtait volontiers à ses allures fantasmagorique.
Il suffisait qu'elle soit là pour que tout ne soit que fantasme, ballade onirique, tantôt sombre, tantôt d'une exquise clarté.
Elle me parlait. Je ne l'écoutais pas. Mes yeux ne quittais pas les siens, et mes lèvres réclamaient timidement les siennes.
Je ne l'écoutais pas; ou plutôt je ne prêtais aucune attention aux mots, aux syllabes qui s'échappaient de sa bouche.
Je n'entendais qu'une somptueuse symphonie, un hymne à l'amour, une mélodie tendre, un murmure réconfortant.
Lily. Elle s'appelait Lily. Pour la première fois, je portais attention à son prénom. Jusque là pour moi elle était ma dulcinée, mon immortelle, mon intangible, le rêve récurant qui avait pendant des semaines hanté chacune de mes nuits. Et voilà qu'elle avait un prénom. Se pouvait il qu'elle soit finalement humaine? Que l'onirique et le matériel se soient liés dans cette femme magnifique? Lily. Ce prénom sonnait à mes oreilles comme une invitation à l'amour. Bien sûr ce n'était qu'un diminutif; mais pourquoi s'embarrasser de plus, quand l'essentiel de la passion tient en quatre lettres?
Déjà une heure que nous parlions. Enfin elle parlait et moi je restais suspendu à sa voix, comme en apesanteur. Et sans bien comprendre pourquoi, ni vraiment comment, mes lèvres furent comme libérées des dernières entraves de bienséances qui leur restaient, et cueillirent un baiser sur les lèvres aux couleurs de l'hibiscus de ma Lily.
Par ce baiser, qui interrompait irrévérencieusement cette divine mélodie, je me l'appropriai et je m'offris à elle. Le plus surprenant, ce qui à jamais me fit penser qu'elle était l'incarnation d'un rêve, c'est qu'au lieu de prendre un air surpris voire outré, elle plongea son âme dans la mienne avant de me rendre un baiser qui voulait dire "aime moi, et je t'appartiendrai pour toujours". Enfin c'est ce que j'ai voulu croire à ce moment.
Ce soir, alors qu'elle s'assoie enfin à ma table, je repense à tout les événements qui m'ont conduit dans ce bar, toutes les promesses assassinées par le destin, à mes rêves orphelins, et je ne peux m'empêcher d'admirer encore ma Lily. (à suivre)