Les confidences d'un lambda du troisième millénaire. (II)
Vache! Quelle est ta vie?
Les grands parents sont des gens pleins de bon sens. Est-ce par la sagesse qu'ils ont acquis avec l'âge, ou tout simplement parce qu'ils en ont certainement plus baver que nous, peut être encore est-ce le fait d'une dégénérescence des cellules du cerveau entraînant la perte des neurones responsables de la connerie et de l'inconséquence humaine? Quoiqu'il en soit, ces gens disent souvent des choses profondes.
Prenons ma grand mère qui me parle des vaches énormes qu'elle a croisé en Israël (j'ai une mamie globe trotter...) et qui pendant son histoire s'écrit "Vache! quelle est ta vie?".
Elle m'explique le destin d'une vache: à la naissance elle est séparée de sa mère, sevrée et nourrie par une machine; une fois assez forte elle peut servir aux travaux agricoles sinon en élevages industriels, elle passe ses journées à brouter et à regarder passer le temps. Quand elle produit du lait, on lui coupe deux pis, histoire qu'elle aie le nombre précis de pis correspondant au nombre de tuyaux de la machine à traire. J'aimerais d'ailleurs savoir quel est le sombre idiot qui a établi cette norme absurde. Qu'on lui coupe les couilles à lui aussi.
On lui sectionne donc deux pis, puis on la traie du matin au soir, selon un procédé très rationnel pour maximiser la production, alternant les phases de pompe intensives et les repos illusoires à contempler la fuite de l'histoire.
Une vache pleine se voit dépossédée de sa progéniture dans les jours suivant sa mise bas. Et ce n'est pas la peine d'espérer un peu de réconfort auprès d'un taureau bien monté.
En guise de partie de jambe en l'air, une bonne paire de gants et une seringue de sperme de bœuf fera l'affaire.
Une fois qu'elle ne produit plus assez de lait, elle est abattue et termine son parcours dans nos assiettes accompagnée d'une béarnaise achetée à l'hypermarché du coin.
Et là je me dis qu'elle a raison ma grand mère: Vache! quelle est ta vie?
Au final, une vache çà ne fait que passer, son temps sur terre ne lui appartient pas et sa force n'est que l'outil d'un autrui plus fort.
Je n'ai pas l'intention de devenir végétarien, ni de me lancer dans la défense des animaux, le sort des vaches me laisserait totalement indifférent si il ne me rappelait pas celui du lambda.
Et bien oui, je n'écris pas sur la destinée pathétique des vaches à 02h11 du matin par simple plaisir de voir mon écran se noircir des caractères arial-12.
Je sais pourquoi la vache qui rit rit, c'est parce qu'elle sait que les lambda ont la même existence pourrie qu'elle.
Petits, on nous place dans des crèches pour que des dames formées et rémunérées pour fassent semblant de nous aimer comme des mères, pendant que les nôtres font des pieds et des mains pour poursuivre leur existence de vaches.
L'entrée à l'école nous prépare de la maternelle au dernier jour d'étudiant à suivre les pas de nos bovins de parents.
Une existence placée sur la production et le résultat.
Notes, devoirs, examens et enjeu permanent du résultat.
On nous apprend à travailler efficacement, faire des fiches pour apprendre plus vite, et donc consacrer le reste du temps à produire un peu plus.
Ici l'enjeu premier est de faire plaisir à nos parents qu'ils puissent montrer que leur veau pourra devenir un taureau reproducteur (tanpis pour ceux qui finiront attelés à une charrue ou pour les pauvres bougres qui seront l'élément central d'une corrida).
Dans notre vie professionnelle, il suffit de transposer au monde du travail, mais le principe reste le même.
Dans l'intime, si le gant et la seringue n'ont pas fait leur apparition partout, nous regardons à l'instar des vaches glisser l'histoire devant nous et nous mastiquons.
Nous mastiquons notre culture, notre éducation, les codes sociaux, tout sa pour bien les digérer. (dois-je rappeler l'issue finale de toute digestion?).
La société fait office de troupeau, et le comble c'est que nous sommes nos propres éléveurs.
Nous sommes les principaux artisans de nos vies de bovins mais buvons rarement le lait produit.
Je ne trouve pas de conclusion profonde à cet article, je m'en vais donc mastiquer à mon tour en regardant le train de l'histoire défiler devant moi.
Meuh!
Les grands parents sont des gens pleins de bon sens. Est-ce par la sagesse qu'ils ont acquis avec l'âge, ou tout simplement parce qu'ils en ont certainement plus baver que nous, peut être encore est-ce le fait d'une dégénérescence des cellules du cerveau entraînant la perte des neurones responsables de la connerie et de l'inconséquence humaine? Quoiqu'il en soit, ces gens disent souvent des choses profondes.
Prenons ma grand mère qui me parle des vaches énormes qu'elle a croisé en Israël (j'ai une mamie globe trotter...) et qui pendant son histoire s'écrit "Vache! quelle est ta vie?".
Elle m'explique le destin d'une vache: à la naissance elle est séparée de sa mère, sevrée et nourrie par une machine; une fois assez forte elle peut servir aux travaux agricoles sinon en élevages industriels, elle passe ses journées à brouter et à regarder passer le temps. Quand elle produit du lait, on lui coupe deux pis, histoire qu'elle aie le nombre précis de pis correspondant au nombre de tuyaux de la machine à traire. J'aimerais d'ailleurs savoir quel est le sombre idiot qui a établi cette norme absurde. Qu'on lui coupe les couilles à lui aussi.
On lui sectionne donc deux pis, puis on la traie du matin au soir, selon un procédé très rationnel pour maximiser la production, alternant les phases de pompe intensives et les repos illusoires à contempler la fuite de l'histoire.
Une vache pleine se voit dépossédée de sa progéniture dans les jours suivant sa mise bas. Et ce n'est pas la peine d'espérer un peu de réconfort auprès d'un taureau bien monté.
En guise de partie de jambe en l'air, une bonne paire de gants et une seringue de sperme de bœuf fera l'affaire.
Une fois qu'elle ne produit plus assez de lait, elle est abattue et termine son parcours dans nos assiettes accompagnée d'une béarnaise achetée à l'hypermarché du coin.
Et là je me dis qu'elle a raison ma grand mère: Vache! quelle est ta vie?
Au final, une vache çà ne fait que passer, son temps sur terre ne lui appartient pas et sa force n'est que l'outil d'un autrui plus fort.
Je n'ai pas l'intention de devenir végétarien, ni de me lancer dans la défense des animaux, le sort des vaches me laisserait totalement indifférent si il ne me rappelait pas celui du lambda.
Et bien oui, je n'écris pas sur la destinée pathétique des vaches à 02h11 du matin par simple plaisir de voir mon écran se noircir des caractères arial-12.
Je sais pourquoi la vache qui rit rit, c'est parce qu'elle sait que les lambda ont la même existence pourrie qu'elle.
Petits, on nous place dans des crèches pour que des dames formées et rémunérées pour fassent semblant de nous aimer comme des mères, pendant que les nôtres font des pieds et des mains pour poursuivre leur existence de vaches.
L'entrée à l'école nous prépare de la maternelle au dernier jour d'étudiant à suivre les pas de nos bovins de parents.
Une existence placée sur la production et le résultat.
Notes, devoirs, examens et enjeu permanent du résultat.
On nous apprend à travailler efficacement, faire des fiches pour apprendre plus vite, et donc consacrer le reste du temps à produire un peu plus.
Ici l'enjeu premier est de faire plaisir à nos parents qu'ils puissent montrer que leur veau pourra devenir un taureau reproducteur (tanpis pour ceux qui finiront attelés à une charrue ou pour les pauvres bougres qui seront l'élément central d'une corrida).
Dans notre vie professionnelle, il suffit de transposer au monde du travail, mais le principe reste le même.
Dans l'intime, si le gant et la seringue n'ont pas fait leur apparition partout, nous regardons à l'instar des vaches glisser l'histoire devant nous et nous mastiquons.
Nous mastiquons notre culture, notre éducation, les codes sociaux, tout sa pour bien les digérer. (dois-je rappeler l'issue finale de toute digestion?).
La société fait office de troupeau, et le comble c'est que nous sommes nos propres éléveurs.
Nous sommes les principaux artisans de nos vies de bovins mais buvons rarement le lait produit.
Je ne trouve pas de conclusion profonde à cet article, je m'en vais donc mastiquer à mon tour en regardant le train de l'histoire défiler devant moi.
Meuh!
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